Joe Ouakam

Un morceau d’une photo d’Antoine Tempé, image la plus fidèle, à mon sens, de Joe Ouakam.

Comme premier portrait, un artiste que je n’ai pas rencontré mais dont l’univers et l’œuvre me fascinent. Joe Ouakam est un nom choisi ; Issa Samb, artiste inclassable, taciturne et silencieux est né en 1945 à Dakar. Ouakam est le nom d’un quartier de la ville, et comme quelqu’un le disait l’autre jour avec beaucoup d’humour, s’auto-baptiser Joe Ouakam, c’est donc un peu comme se faire appeler Jésus de Nazareth.

Joe Ouakam est à la fois peintre, poète, lecteur public, comédien, acteur de la rue, soixante-huitard engagé et créateur de « la cour. »

La cour, au 17 rue Jules Ferry, en plein cœur de Dakar, est un lieu mythique et magique, ouvert à tous, paradis perdu en plein centre-ville, exposition permanente, depuis plus de 40 ans, d’objets trouvés ou créés, où chaque feuille morte a sa place et où chaque élément bouge et change au fil du temps et des passages.

Celui pour qui « l’art ne vaut rien » accroche donc ses toiles, ses dessins et ses mots dans la cour, devenue pour un soir et pour la biennale 2012 un lieu d’exposition un peu particulier.

Aujourd’hui, Joe Ouakam, toujours aussi inclassable, taciturne et silencieux, est une figure de l’art contemporain international, depuis sa cour farfelue et avec son œuvre qui ne parle que de l’homme : « Ses hommes crient, crient l’injustice, l’aveuglement, ils avertissent et nous interpellent » (Aleth Lablanchy, dans le catalogue de la biennale).

Dans les années 1970, Joe Ouakam est à l’origine de la création du Laboratoire Agit-Art, entouré de quelques artistes formés comme lui à l’Institut National des Arts du Sénégal. Ce mouvement, qui prend rapidement de l’ampleur et acquière de la visibilité, s’oppose à la politique culturelle du Président Léopold Sédar Senghor.

« Critiquant le néocolonialisme entretenu par leur chef d’État avec la France, sa politique culturelle productrice de « bureaucrates plutôt que d’artistes » et le fossé séparant la population des sphères du monde culturel, ces artistes privilégieront la performance comme forme d’action artistique et donneront de nombreuses représentations au Théâtre Sorano de Dakar ainsi qu’à l’intérieur du pays. » (Elisabeth Harney)

Agit-Art créé en parallèle le village des arts, dans un bâtiment abandonné d’où il se fera déloger, puis le réinstalle un peu plus loin dans la ville.

Silencieux et taciturne, Joe Ouakam, avec sa petite bande d’amis artistes, a profondément marqué l’histoire culturelle du Sénégal.

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2 réflexions sur “Joe Ouakam

  1. joe c’est mon maitre
    un grand maitre

  2. audrey dit :

    « objets trouvés ou créés, où chaque feuille morte a sa place et où chaque élément bouge et change au fil du temps et des passages »
    Proust en Afrique, qui l’eût cru?

    Quelle allure incroyable.

    xxx et ❤

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