Ndary Lo

Tout le monde, à Dakar, connaît Ndary Lo. Ou en tout cas tout un certain monde. Et en dehors de Dakar aussi, d’ailleurs, car le bonhomme expose un peu partout dans le monde.

Ses hommes de fer habitent des appartements, des centres culturels, des sièges sociaux, des collections, des galeries. A la Giacometti (difficile, vraiment, de ne pas faire le rapprochement), Ndary Lo suspend ses longs personnages, parfois entrelacés, toujours extrêmement poétiques, comme saisis en plein mouvement.

Ca, c’est son travail habituel. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est l’installation radicalement différente qu’il a présenté à la biennale, dans un immense entrepôt, au milieu d’autres immenses entrepôts (une ancienne fabrique de biscuits, l’un des points culminants du OFF de Dak’Art 2012).

Installation étonnante, amusante, « désorientante ». Oui, il est permis de toucher, l’artiste recommande même vivement de plonger dans ces montagnes de plastique. Un peu comme dans les piscines de boules colorées chez Ikea.

Ce que j’aime dans cette installation, c’est qu’elle se lit différemment selon l’endroit où l’on se trouve lorsqu’on la regarde. Elle est à la fois uniforme et symétrique, bordélique et presque difforme, simpliste, clichée et religieuse.

« Cette accumulation de bouchons, c’est une manière pour moi de créer une forme de pointillisme ou d’impressionnisme, mais d’une façon extrêmement minimaliste. Il y a encore quelques années, si je m’étais promené dans la rue avec une bouteille en plastique sous le bras, on m’aurait trouvé vraiment bizarre, en tout cas très riche. Aujourd’hui, tout le monde en a, les bouchons et les bouteilles vides recouvrent le sol de nos villes et le recyclage industriel est inexistant ou presque.

Alors j’ai accumulé ces bouchons, tous ces bouchons. Il y en a pas mal… D’ailleurs, tu sais qu’ils ont une valeur, même quand ils sont bruts? Tout a une valeur ici. J’ai donc commencé à les récupérer en 1997, quand Coca-Cola a sponsorisé les Jeux de la Francophonie et que j’ai commencé cette réflexion. Il y avait des bouchons rouges partout.

Je restitue ensuite ces objets comme on empile les biens sur les marchés : apparemment en équilibre précaire, mais pourtant de façon très stable. Évidemment, le culte de la récupération, c’est très africain, ou vu comme africain, et je joue aussi un peu de cette image.

Ces milliers de bouchons deviennent alors une sculpture, ils s’adaptent à l’espace de la Biscuiterie et répondent au lieu.

Les lettres en alphabet arabe formées avec les bouchons noirs, c’est par là que je commence, par cette glorification à Dieu. C’est une prière, on y lit « Dieu est grand », en alphabet arabe. Ces mots, je les ai tracé en noir, parce que c’est de cette couleur qu’ils sont imprimés dans les livres. C’est un geste graphique par lequel je délimite cette installation.

Je continue bien sûr mes personnages en fer par ailleurs. De toute façon, j’ai besoin de ces hommes, et le fer reste ma matière de prédilection. Malgré tout, travailler avec cette « matière-cliché » qu’est le plastique, cela me permet d’élargir beaucoup mon champ de vision. C’est important, quand on fait mon métier. »

Ndary Lo, au sujet de l’installation Windows : Part I.


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2 réflexions sur “Ndary Lo

  1. Lily Lambert dit :

    Très beau. Mission accomplie Margaux! Tu m’as fait découvrir un nouvel artiste africain. Hâte de lire la suite.

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