Christine Pillot

Christine Pillot est Française. Un jour, quand elle avait 23 ans, elle est venue à Dakar, un peu par hasard et un peu pour voir. Elle a décidé d’y rester, après y être tombée amoureuse de tout un tas de choses.  Elle y a vécu et travaillé une vingtaine d’années, puis est rentrée en France. Pendant toutes ces années, avec son mari d’alors, le céramiste Mauro Petroni, ils ont habité et fait vivre un haut lieu de la culture à Dakar : Céramiques Almadies.

Christine Pillot est peintre. A la biennale de Dakar 2012, elle expose justement à Céramiques Almadies.

L’une des choses qui me surprend, lorsque je regarde les tableaux que tu as présenté en OFF à Dak’Art 2012, c’est qu’à première vue, les lignes, les cercles, les traits, ont l’air parfaitement symétriques et réguliers, mais pourtant, en regardant mieux, aucun n’est vraiment droit, ni rond, ni géométrique. Comment construis-tu tes formes ? Sont-elles d’ailleurs construites comme des formes ?

Je procède toujours de la même façon lorsque je commence un tableau : devant la toile blanche, pour me dés-intimider et pouvoir commencer, je trace de grandes lignes droites avec du scotch, directement sur la toile. On les devine d’ailleurs très bien dans l’une des toiles exposées. Je considère ces lignes de scotch comme des espaces purs, ou plutôt blancs. Je sais que si je le souhaite, je pourrai ensuite les remplir de couleur, les utiliser pour « relever » la toile en couleurs si besoin.

Pour les cercles, je commence souvent à tracer le cercle central, ou bien plusieurs lignes de cercles mais pas forcément côte à côte, je laisse des espaces entre chaque ligne. Après ces premiers cercles, je « pars à l’aventure ». Je peux avancer à partir de ce premier cercle central, ou bien au contraire m’en éloigner en créant des formes géométriques autour de ce cercle. Dans tous les cas, je pense qu’il est évident que mon travail est basé sur la répétition, un peu dans l’esprit de Keith Haring, qui m’inspire énormément.

Pour revenir à ta question, tu vois donc que le hasard et l’irrégularité ont un grand rôle à jouer dans la construction de mes toiles. La composition des cercles et de façon plus générale des formes est tout à fait intuitive, je ne fais absolument jamais de croquis préparatoires par exemple, ça m’ennuie beaucoup trop !

Donc tu avances pas à pas, en ajoutant des formes, des lignes et des couleurs, sans penser à la construction finale. A quel moment décides-tu qu’une toile est terminée, que les formes qui la composent sont « closes » ?

Tant qu’une toile est dans mon atelier, je la considère comme inachevée et je suis susceptible d’y revenir à tout moment. Il m’arrive très souvent de compléter une toile encore et encore… Une toile est terminée lorsque quelqu’un la voit, l’aime telle qu’elle est et décide de l’emporter.

On retrouve certaines formes (les cercles bien sûr, ou les lignes) et certaines couleurs (le fluo notamment, assez surprenant) de façon très répétitive dans ton travail. Ces éléments ont-ils une signification pour toi ? Doivent-ils en avoir pour ceux qui les regardent ?

Je n’ai jamais cherché à transmettre un message intellectuel quelconque à travers mes toiles. Il n’y a pas de message dans mon œuvre, en tout cas pas de message que je chercherais consciemment à faire passer.

Mes toiles demandent beaucoup de minutie pour être réalisées, alors que ça n’est pas forcément une qualité intrinsèque chez moi. Cela me demande donc beaucoup de concentration et m’oblige à entrer dans une forme de méditation lorsque je peins, à sortir du monde, ou de mon monde, qui est assez tumultueux comme tu le sais ! Ces lignes me permettent de me restructurer, la minutie me permet d’atteindre un équilibre.

Si tu ne déposes aucun message dans ton œuvre, t’intéresses-tu malgré tout à ce que les gens y voient ?

Oui, évidemment ! Les gens rapprochent souvent mes toiles de thématiques liées au cosmos, à l’équilibre encore une fois. Les symboles dont je pars sont bien sûr très liés à toutes ces questions : le cercle, la spirale, la ligne, etc. Au fond, quand je dis que je n’ai pas de réflexion intellectuelle du tout, ça n’est pas tout à fait vrai, puisque je sais et je souhaite que les personnes qui regardent mes toiles trouvent une correspondance avec des sujets qui les concernent ou qui les touchent. C’est peut-être pour cela que je travaille tant avec les symboles.

D’ailleurs, j’ai beaucoup travaillé dans des hôpitaux psychiatriques ou avec des enfants, notamment lorsque je vivais au Sénégal. Je demandais à des enfants de dessiner un oiseau ou une chaussure, ou n’importe quel objet. Mais il est très difficile de symboliser les choses, de les représenter, lorsqu’on n’a pas l’habitude. Très souvent, les enfants butaient, ne savaient pas par où commencer. Alors j’avançais avec eux grâce au langage, en les aidant à créer des listes de mots qui pourraient définir ce qu’ils cherchent à représenter. On faisait alors appel, ensemble, à leur mémoire visuelle. De l’un de ces travaux avec des enfants des rues, j’ai fait quatre tableaux : je suis partie des formes créées avec eux, que j’ai recomposées. Pareil avec des dessins d’enfants, ou de mes enfants. Je l’ai beaucoup fait.

Une dernière question, que j’aime bien poser aux artistes que je rencontre. Attention, il n’y a pas de piège. A ton sens, à quoi sert l’art ?

L’art sert à créer des émotions chez l’autre qu’il ne pourrait pas construire lui-même. Oui, je crois que c’est ça. C’est apporter quelque chose à quelqu’un qu’il ne sait pas faire ou voir. C’est fondamentalement basé sur l’échange. Chacun interprète ensuite ce qu’il aura vu et ce qui l’aura ému grâce à son histoire personnelle. C’est aussi pour cela que l’art abstrait est plus difficile d’accès que le figuratif, parce qu’en plus de réinterpréter ce qu’il voit, l’autre doit d’abord y avoir accès.

Conversation avec Christine Pillot, le 20 mai à Dakar.

www.chrispillot.fr

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