Abidjan Tour

Il fait chaud et les vêtements collent un peu, mais pas trop, ça n’est pas absolument insupportable, pas assez pour que marcher dans la rue devienne une douleur. Et puis c’est la saison des pluies, il pleut un peu chaque jour pendant quelques minutes, le ciel est parfois très lourd et très proche. Mais peu importe, en un sens, parce qu’il est de toute façon compliqué de se balader à pieds pour moi. Quartiers trop grands, trottoirs trop rares. On me dit que, pour des raisons de sécurité, ça n’est de toute façon pas une très bonne idée, indépendamment des trottoirs. Je n’ai pas ressenti de tension particulière dans la rue depuis mon arrivée, mais j’écoute. Comme toujours, ça ne tient qu’à un fil et à une bonne étoile.

Alors je prends des taxis. Soit j’appelle Moussa ou Djibril, que j’aime bien et à qui m’accompagnent toute la journée lorsque je compte beaucoup me déplacer, soit un inconnu à la voiture orange. Tous les taxis ont un compteur, mais mieux vaut se mettre d’accord sur un prix en montant, car le petit boîtier électronique fait exploser les francs CFA. Les types sont plutôt sympas, écoutent parfois Francis Cabrel ou Jacques Brel, et ne se chauffent pas trop sur les arnaques. Ils connaissent assez mal la ville en revanche et leur donner un nom de rue, en dehors des grands axes, ne sert à rien : non seulement ils ne la connaîtront pas, mais personne ne pourra les renseigner ! Les indications, genre derrière telle banque, à côté de tel hôpital, y’a que ça de vrai.

Nous partons. Fenêtres ouvertes, pas mal de bruit, larges avenues assez propres, beaucoup d’embouteillages et seulement deux ponts pour traverser la lagune qui sépare le Sud du Nord de la ville. Deux ponts bloqués en permanence, donc. Un troisième est en construction, bonne nouvelle.

Du quartier résidentiel et tout vert et tout beau où Edouard, qui m’accueille, habite, jusqu’au Plateau, le quartier des affaires et ce qu’on pourrait appeler le centre ville s’il fallait en choisir un, le paysage change. Là-bas, de loin, on dirait New York. La nuit, les immeubles brillent. En couleur de préférence. La classe américaine. De jour et de près, les étincelles sont un peu fades et le bas des tours un peu trop bordéliques pour que la comparaison tienne vraiment. Mais peu importe, on s’en fout de New York. Abidjan est une ville aux infrastructures bien développées. Les rues non goudronnées et pleines de trous sont relativement rares en centre ville. Les banlieues, c’est autre chose.

Pas beaucoup de choses à voir pour une touriste souhaitant faire du tourisme à Abidjan, soyons honnête. La cathédrale est surprenante, le musée national est fermé et…voilà. Alors, évidemment, on regarde d’autres genres de choses : quelques galeries d’art (une nouvelle en septembre, gros niveau), des marchés, de jolies boutiques de décoration et surtout tout un tas de quartiers très différents les uns des autres. J’adore regarder les quartiers, me demander qui vit ici, comment ça fonctionne, où les gens font leurs courses, où est le bistrot (le maquis) du coin, où ils prient. Quant aux marchés, il y a deux grandes catégories : ceux des babioles à rapporter en Europe, souvent tenus par des Sénégalais (les rois de l’embrouille touristique), et ceux de nourriture, de tissus, de fripes, de trucs. Et la touriste peut aussi rencontrer des gens à Abidjan, des tas de gens, qui parlent, qui ont un avis, qui racontent leur vie et leur ville.

Il y a un an, en Côte d’Ivoire, prenaient fin les « évènements », comme on les appelle ici. Le départ (l’arrestation) de Laurent Gbagbo en avril 2011 a mis fin à une longue crise politique, dont le paroxysme a été atteint pendant les premiers mois de 2011. Tous les habitants du pays, Ivoiriens ou étrangers, portent aujourd’hui cela en eux. Un an après, la Côte d’Ivoire repart, les chantiers se multiplient, beaucoup sont optimistes, les investissements sont là. Mais quand des énervés s’agitent brusquement, comme c’est le cas depuis quelques semaines dans l’Ouest du pays, l’adrénaline remonte. La fleur de la peau.

Tout cela, la touriste ne le sent que si elle pose des questions, si elle laisse parler les gens. Tant mieux, tant pis, je ne sais pas. Abidjan, c’est beaucoup d’autres choses aussi.

Notamment une vie nocturne bien solide. Car Abidjan se transforme la nuit. Les portes des bars, des boîtes de reggae, des clubs de strip-tease, des maquis par centaines s’ouvrent. C’est la teuf. Et c’est tous les soirs la teuf, me dit-on. Incroyable ville, d’une énergie redoutable.

Alors, certes, il n’y a pas grand chose « à faire » pour une touriste à Abidjan, mais c’est quand même une sacrée expérience de l’observer bouger.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s