Frédéric Bruly Bouabré

Frédéric Bruly Bouabré est un vieux sage, au sens propre des termes : à la fois vieux – il a près de 90 ans – et sage – il a, toute sa vie, construit un système de pensée, une philosophie, formalisé un alphabet, répertorié des dizaines de contes et de légendes, travaillé à observer et à décrire le monde.

Un vieux sage qui, chaque jour depuis la vision qu’il dit avoir eu le 11 mars 1948 de sept soleils tournant autour du soleil, écrit et/ou dessine. Il retranscrit, inlassablement, ses observations sur des petites cartes de carton, pas plus grandes que des cartes postales, avec un crayon à papier, un bic noir et quelques crayons de couleurs.

Chacune de ces cartes fonctionne par une double entrée : une image et un texte l’encadrant, souvent une phrase ou quelques mots. Ces deux éléments, l’image représentative et le texte explicatif, se répondent et ne peuvent se comprendre l’un sans l’autre. Quand l’artiste écrit l’alphabet Bété, son ethnie dont la langue n’a pas d’écriture, en inventant plus de 400 signes, chaque « hiéroglyphe » est dessiné sur une carte et sa traduction française inscrite autour de l’image.

Il faut être armé d’un peu de patience, d’une bonne dose de second degré et de pas mal d’imagination pour « lire » ces observations, qui mêlent tradition africaine, christianisme, cosmologie, histoire coloniale, langue française et plus encore.

Si ces cartes sont systématiquement réalisées sur le même modèle, les thèmes qu’elles abordent sont infinis. Les séries de cartes, liées par une thématique commune, peuvent être constituées de 50 à 200 cartes. Toutes sont signées et très précisément datées au dos.

L’œuvre de Frédéric Bruly Bouabré est donc assez déroutante : incroyablement simpliste, presque enfantine dans sa forme, elle traduit pourtant une intense recherche intellectuelle. Une expérience, très amusante, à faire : montrer des cartes de l’artiste à des non-initiés,  juste leur mettre sous les yeux, sans aucune explication, et observer leur air dérouté, voire carrément amusé. « Non mais, vraiment, l’art contemporain… ! »

« Découvert » par l’Occident lors de l’exposition Les Magiciens de la Terre au Centre Pompidou en 1989, Frédéric Bruly Bouabré a une liste d’expositions longue comme quatre pages A4 (no joke). Ses séries font parties des collections de nombreux musées d’art contemporain à travers le monde. Son travail est partout.

Grâce à Stefan Meisel, un agent d’artistes installé ici, j’ai rencontré « le vieux » dans sa très simple maison à Yopougon, un immense quartier populaire d’Abidjan, avec une partie de sa gigantesque famille (15 enfants, 31 petits-enfants) et en suivant tout un tas de règles d’hospitalité. J’ai été reçue dans les règles de l’art.

Frédéric Bruly Bouabré parle peu, comprend beaucoup. Un vieux sage, définitivement.

 

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4 réflexions sur “Frédéric Bruly Bouabré

  1. Léa dit :

    Quelle rencontre ! Quelle chance…

  2. Bruly eric dit :

    Salut Margaux ici toute la famille Bruly se porte bien j’espère te revoir un jour à la maison bien de chose a toi et a ta famille..
    Eric

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