Une espèce rare : le backpacker-africain-de-l’ouest

J’ai écrit les quelques lignes ci-dessous alors que j’étais en Côte d’Ivoire. Elles ne sont plus vraiment d’actualité aujourd’hui, alors que je suis au Burkina Faso, de loin le pays le plus touristique de la région depuis que le Mali est devenu compliqué (même si je n’ai pas encore croisé de touristes à proprement parler…mais on sent que cela doit être possible voire courant) et accompagnée de Mikaël. Mais peu importe, je pense qu’elle raconte quand même une histoire de mon voyage et de celui de tant d’autres personnes.

Le backpacker-africain-de-l’ouest est une espèce rare. Il n’est malgré tout sans doute pas en voie de disparition, bien que je ne puisse l’affirmer de façon certaine, ne connaissant pas les courbes et les indices d’évolution de l’espèce.

Comme toute espèce rare, il est observé avec beaucoup d’attention, on tente des approches plus ou moins téméraires pour – peut-être – réussir à le toucher ou en tout cas le voir de près, on prend grand soin de lui tout en en ayant un peu pitié. Le pauvre, il a l’air tellement éloigné de son environnement naturel. Malgré tout, on aimerait tant qu’il apprécie nos contrées lointaines… Mais le backpacker-africain-de-l’ouest est rassurant, car il a souvent l’air d’être très impressionné.

Une chose est sûre, on se demande bien ce qu’il fait ici. « Visiter, regarder » : quelle drôle d’idée. On fait malgré tout comme si on trouvait cela tout à fait naturel, autrement cela serait impoli et on a quand même sacrément envie de rester le plus longtemps possible assis à côté de lui, à lui taper la discussion. Souvent, il pose plein de questions et se marre largement autant que les autres. On lui trouve un pelage bien étrange, que les petits rêvent de toucher sans toutefois oser. Il paraîtrait que la peau du blanc est aussi douce et fragile que du coton.

En bonne espèce rare, ses flux migratoires sont très peu organisés et balisés et ses ressources d’information sont relativement rares. Cette espèce ne connaît pas le luxe de se côtoyer elle-même, car il est rarissime qu’elle croise d’autres congénères sur sa route. Le backpacker-africain-de-l’ouest voyage seul et  se lie à des locaux. Il doit donc faire preuve d’une immense capacité d’adaptation, non seulement vis-à-vis de tous ces publics, mais aussi, et surtout, car il est reçu à domicile.

Ces « locaux » peuvent être Sénégalais, Guinéens, Ivoiriens, mais aussi Français, Belges, Sud Africains, Libanais. Ils sont locaux puisqu’ils vivent là et parfois (souvent, pour ma propre expérience) depuis leur naissance. Ces locaux-à-passeports-étrangers ouvrent systématiquement leurs bras très grands pour accueillir le backpacker-africain-de-l’ouest. Mais alors, très, très grand. A cheval sur deux cultures et deux identités (souvent bien plus), ils ont tant de choses à raconter. D’ailleurs, ce sont souvent eux qui considèrent l’espèce rare comme étant tout à fait maboule ! Ils le lui font bien comprendre d’ailleurs, mais gentiment, mais comme l’espèce rare sait ce qu’elle veut (sinon, sincèrement, elle ne serait pas là), ça se termine souvent dans de grands éclats de rire et de précieuses recommandations pour l’étape suivante. Une sacrée chaîne humaine.

L’espèce rare est donc dans une drôle de position : à la fois seule et toujours accompagnée, entourée, présentée, coupée de ses « semblables », sans pouvoir se reposer sur des structures et infrastructures adaptées à son rythme, « contrainte » (très volontiers) à se fondre dans la masse, à toujours regarder avant de poser des questions, à s’armer d’un stock de patience inépuisable, à parfois dériver de la stricte réalité (« Oui, je suis mariée depuis 6 mois, mon mari est en France, il me rejoint la semaine prochaine, je suis très heureuse. »), de savoir s’adapter, encore et toujours, et observer très fort.

Parfois, je regrette un peu ce truc commun à tous mes voyages sac-à-dos précédents : ces rencontres avec ces dizaines de personnes qui me ressemblent à un moment précis tout en venant des quatre coins du monde, la facilité des « Tu viens d’où? Tu vas où? Ca fait combien de temps que tu voyages? On va prendre un verre? ». Mais finalement, non. Je suis livrée à moi-même, à ma propre débrouillardise et à la gentillesse de ceux qui croisent mon passage. C’est bien comme ça. C’est plus compliqué parfois, mais tellement plus enrichissant, enveloppant, satisfaisant.

Une espèce rare, mais sereine.

 

Publicités

Une réflexion sur “Une espèce rare : le backpacker-africain-de-l’ouest

  1. GK dit :

    Très bien écrit. la remarque du dernier paragraphe concerne le backpacker-africain-de-l’ouest en général ou le backpacker burkinabé en particulier? Dommage qu’on ait pas une photo de toi en compagnie de cette espèce en voie de disparition pour immortaliser la rencontre.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s