Quelques images du Burkina Faso

Je n’ai pas eu accès à internet depuis presque trois semaines. Impossible, évidemment, de raconter tout ce que nous – car nous sommes « nous » maintenant – avons fait et vu pendant tout ce temps, entre le Burkina Faso et le Ghana. Voici donc plutôt quelques images de nos vacances.

« Nous », c’est Mikaël, Victor et moi-même, docteur Anghert nous ayant rejoint à Ouagadougou le 30 juillet, pour notre plus grand bonheur ! Capucine, la petite dernière, est arrivée hier soir à Accra, mais ça, c’est une autre histoire, qui sera racontée en temps voulu…

Ce sont les « vacances » car mon voyage s’est réellement transformé depuis l’arrivée de l’équipe. Notre rythme est différent, les choses sont plus simples, nous visitons des villes et des villages, alors que je visitais plutôt des gens avant. Mes rencontres ont donc un peu changé, mais ça, c’est le revers de la médaille du tourisme ; un vaste sujet à aborder un jour, peut-être.

Quelques images, donc.

De Ouagadougou, Mikaël et moi partons à Bobo-Dioulasso, à l’ouest du Burkina Faso. Nous visitons la vieille ville : quatre quartiers définis par corps de métiers comme d’autres se divisent par castes. Dédales de ruelles entre des cases de terre rouge brinquebalantes. Chaque quartier, voire chaque maison, a son « autel » pour les sacrifices (combien de poulets égorgés chaque jour dans chaque ville dans toute la région ?! vaste question !). La vie semble tourner au ralenti, autour de chaque foyer de chaque maman qui cuisine pour la famille, entourée d’une tonne d’enfants hilares. On remarque pas mal d’inscriptions « Vive le Barça » sur les murs de la vieille ville. Un jeune homme nous explique qu’un Barcelonais a vécu dans le coin pendant longtemps et que du coup, tout le monde soutient le FC Barcelone ici. Pour sauver l’honneur, nous avons dégoté un gros « Vive l’OM » !

Mikaël veut goûter des plats locaux. Je lui explique la différence entre le riz gras et le riz sauce : une portion du premier est servi déjà mélangé à une sauce tomate améliorée, avec un ou deux morceaux de légumes ou une queue de poisson par dessus, le deuxième riz est blanc, servi avec une petite coupelle remplie de sauce (tomate et légumes, ou arachide, ou autre, en fonction des régions). Un soir, il se délecte de son premier riz gras. Dix jours de riz sauce et de riz gras plus tard, nous rêvons de salade de tomate mozzarella avec un filet de vinaigre balsamique.

Nous sommes à Banfora, au sud ouest du Burkina Faso. Nous décidons de partir vers la ville de Gaoua, plus à l’est, et prenons pour cela un mini bus. Nous le savons, la route n’est pas goudronnée et risque d’être mauvaise ; le mini bus est défoncé, je me demande comment il peut même encore rouler. Coup de bol en revanche, il n’est pas trop rempli et ne le sera pas plus jusqu’à Gaoua. 10H30 : départ. 10H40 : arrêt à l’embranchement vers la route en latérite, le chauffeur se taille la malle sans rien dire, il ne reviendra que 30 minutes plus tard, mystère. Pour faire passer le temps et la chaleur redoutable, on achète des bananes toutes vertes et très bonnes à une dame qui les vend au bord de la route. 11H30 : arrêt. Le chauffeur et deux autres hommes descendent. J’observe la scène qui se déroule juste sous ma fenêtre : ayant enlevé la roue arrière droite, l’un d’eux tape à grands coups de pierre sur un objet non identifié localisé SOUS le bus tandis qu’un autre type modèle un fil de fer. On me parle d’une sombre histoire de suspensions (j’apprends donc à cette occasion que notre bus a effectivement des suspensions !), je ne pose pas trop de questions. 13H : une toute petite fille assise devant nous, au début hyper méfiante, se tape maintenant des barres avec Mikaël. 14H : j’ai tellement de poussière dans la bouche que ça croustille sous les dents. 15H : arrêt dans un village, pour la prière nous dit-on. On va boire un Coca tiède à la buvette du coin. Quand on revient, nos sacs ont été transportés sur le toit d’un autre mini bus, un nouveau chauffeur nous dit bonjour. Soit. 15H30 : après 5h30, de bus nous arrivons à Gaoua, à 170km de Banfora.

A Gaoua, ville peu accueillante mais super base pour découvrir la région lobi, nous nous sentons (très) vite oppressés. Claustrophobie rampante. Nous proposons à un jeune de lui louer sa petite moto : fabrication chinoise, quatre vitesses, rouge pétante. Je soupçonne la plupart des pièces, y compris le moteur, d’être en plastique. Ici, tout le monde roule avec ça, c’est souvent le premier achat d’un jeune dès lors qu’il a la somme nécessaire. A Bobo-Dioulasso, notre guide m’avait appris à conduire ce genre de moto-tamponneuse et je m’étais entraînée quelques jours. Nous partons de Gaoua, à fond sur la route toute droite à perte de vue, des champs et des arbres vert fluo des deux côtés de la route, quelques maisons lobi parsemées. Nous n’avons pas de carte de la région, seulement une photo d’une carte datant de 1984 que j’ai prise sur un mur la veille. Après une bonne heure de route, nous arrivons à un relativement gros village. Coup de bol monumental, c’est le jour du marché hebdomadaire, le village est intégralement transformé par des centaines (des milliers ?) de minuscules stands de nourriture et de toutes choses. Nous marchons pendant un bon moment au milieu des bâches où chacune étale sa marchandise, fait frire son beignet et vend son aubergine. Les yeux sont surpris, mais les bonjours sont gentils. On goûte à plein de trucs, avec plus ou moins de succès. Personne ne parle français, ou si peu. En repartant, nous traversons d’autres villages en moto, mais nous pouvons difficilement nous arrêter. Les villages lobi ne sont pas des villages à proprement parler, mais plutôt des ensembles, sur plusieurs hectares, de grandes concessions où chaque famille a construit sa maison (cf. plus bas). Nous rentrons à Gaoua sur notre moto-tamponneuse chinoise, cheveux au vent. Venant d’une famille de motards, j’ai un peu honte, j’avoue – pardon Papa, pardon Adrien.

A Gaoua, nous partons une journée, toujours en moto bien sûr, avec un guide cette fois. Il nous amène notamment visiter une famille lobi et sa maison. Chaque concession appartient à un chef de famille qui l’agrandit au grès des mariages et des naissances et est séparée du voisin par des champs. Chaque concession est donc assez éloignée de ses voisins et constitue par son architecture et son nombre d’habitants un petit village à elle toute seule. En terre mélangée à de l’eau, les murs sont montés en six étapes successives. Le plafond est très bas, la lumière provient d’un petit trou creusé dans le plafond (un seul souvent par pièce) recouvert d’une calebasse lorsqu’il pleut, la pièce centrale sert de pièce de réception et d’entrée, chaque femme ayant une pièce à elle, où elle cuisine et dort avec ses enfants. Dans chacune de ces chambres, une ouverture donne sur une douche qui permet d’accéder au toit, grâce à l’une de ces échelles lobi si connues par les galeries d’art en Occident, où dort le mari et toute la famille lorsqu’il fait trop chaud à l’intérieur. Chaque soir à tour de rôle, l’une des femmes du chef de famille le rejoint sur le toit. Les ancêtres sont enterrés dans la cour, devant la maison. Les récoltes sont conservées dans un grenier accessible depuis le toit seulement, où chaque céréale a son compartiment. Seul le chef de famille y a accès, chaque femme conservant dans de très beaux pots en terre cuite les vivres nécessaires à l’alimentation quotidienne de la famille. De la même façon, chaque femme conserve dans sa chambre l’intégralité de ses biens, dans de grands pots en terre cuite, qui s’empilent le long d’un mur, constituant le seul mobilier de la pièce avec la natte roulée qui servira de matelas la nuit venue et le foyer. Le choc culturel. En parlant avec la famille, nous vivons une scène un peu irréelle dans d’immenses éclats de rire : l’une des femmes demande à notre guide (problème de langue) comment nous avons fait pour arriver jusqu’ici. Il leur explique l’avion, la ceinture de sécurité, le plateau repas, le passage des sacs aux rayons X, le décalage horaire. Au final, ils sont aussi morts de rire que nous, ébahis que l’on puisse monter de son plein grès dans une telle machine… En partant, les femmes me demanderont de rester et de devenir leur co-épouse, mais elles ne voudront pas du tout de Mikaël ! Il leur avait avoué quelques minutes plus tôt qu’il est fils unique, ce qui leur a paru vraiment très très étrange. Je pense que mes six frères et sœurs les ont nettement plus rassurés…

 

 

 

(Un groupe de jeunes orpailleuses rencontrées dans un champ à côté de ce village, très très drôles, ce qui ne se voit pas beaucoup sur la photo, qui voulaient elles aussi que je reste pour devenir leur « maman » – et qui nous ont accessoirement expliqué et montré la manière dont elles recherchent l’or dans la terre de la région)

Nous rentrons de 10 jours dans des villes du sud et repassons quelques jours à Bobo-Dioulasso avant de remonter à Ouaga. Nous choisissons un petit hôtel qui a une bonne critique dans mon guide, celui de la dernière fois était top mais un peu plus loin du centre. Nous posons nos sacs dans la chambre (jamais de fenêtres, ou si ridicules, dans ces maudites chambres d’hôtels africaines), où nous étouffons déjà et sortons faire un tour en ville. Et là, le choc : en nous baladant, nous croisons tout plein de touristes, une petite dizaine peut-être, probablement des backpackers, plutôt faciles à reconnaître. Sensation étrange : je jubile de croiser tous ces touristes voyageurs, j’ai hâte d’être assise avec eux à une buvette, à écouter leurs histoires et leurs voyages.

Dans le village de Tiébélé, tout au sud du Burkina, alors que Victor nous a rejoint, nous dormons dans une auberge constituée de maisons traditionnelles, loin de tout, de l’électricité, de l’eau courante et du bruit. Nous sommes tout près de la frontière ghanéenne. Un jour, nous partons nous balader à vélo, sur la piste en latérite qui traverse le village, vers l’est. Au bout de 4 ou 5 km, on aperçoit une piste sur notre droite, qui semble mener à un grand regroupement de petites huttes en paille recouvertes de grands sacs plastiques noirs (nous sommes en pleine saison des pluies, il avait plu toute la nuit précédente). On nous avait dit qu’il y a un camp de chercheurs d’or dans cette direction, ça doit être ça. On s’approche, vélo à la main, et là, on découvre une scène assez irréelle : des centaines de ces petites cahutes en paille, plus ou moins organisées en blocs qui forment des ruelles boueuses, certaines clairement destinées à l’habitation, d’autres qui abritent un vieux baby foot ou un petit banc où quelqu’un doit pouvoir apporter des choses à boire, et d’autres, surtout, où sont installés de gros moteurs très bruyants et artisanaux qui broient des blocs de pierre pour en faire une poudre dont pourront être extraites quelques poussières d’or après avoir été mélangée avec de l’eau. L’or étant plus lourd que la terre, il tombe au fond des calebasses remplie de ce mélange d’eau et de terre, où il peut être récupéré, à force de transvasements et de transvasements. Nous ne sommes pas sûrs d’être vraiment à notre place au milieu de ces ruelles marécageuses et de tous ces gros bras (les femmes s’occupent de l’étape de la calebasse, plus loin). Les regards sont un peu lourds. Dans le doute, je lâche un immense sourire au premier type croisé, accompagné d’un « bonjour » enthousiaste. J’ai bien fait, il me montre toutes ses dents et me demande comment je vais. Les autres – patibulaires au premier abord – feront systématiquement pareil. Nous traversons la ville au pas, vélo toujours en main, observant tout ce que nous pouvons observer, avec un petit goût de Mad Max dans la gorge.

 

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