Dawit Abebe

Dawit Abebe est Éthiopien. En 2001, alors qu’il sort de l’École des Beaux Arts d’Addis-Abeba, il créé avec quatre amis de promotion le premier studio collectif du pays, Habesha Art Studio. Ils y travaillent et vivent toujours. Il y a tellement de toiles dans cette maison que j’imagine qu’elles doivent parfois déborder par les fenêtres, bien que tout soit impeccablement rangé.

En octobre 2012, Dawit Abebe exposait son travail le plus récent à l’Alliance Ethio-Française, des dessins-collages, quelques toiles et une installation. L’exposition s’appelait « X Privacy ». C’est par elle que j’ai rencontré le travail de Dawit Abebe et c’est d’elle surtout dont nous avons parlé.

« L’idée centrale que je tente d’aborder dans ces dessins est la disproportion entre la réalité telle que chacun d’entre nous la perçoit (notre corps, notre ville, nos objets, etc.) et cet autre niveau de réalité qui nous définit tout autant (notre pensée, nos automatismes, nos envies, nos croyances, etc.), mais sur laquelle nous avons moins de prise. Ces deux réalités sont toujours là, mais ne se mélangent pas selon moi.

C’est en ce sens que j’aborde la question du privé (privacy) : l’être humain recherche – à travers l’innovation technologique notamment – à contrôler toujours plus la réalité telle qu’il peut l’atteindre et/ou la comprendre. Cela revient à ce que nous essayons systématiquement de contrôler les autres autant que la nature elle-même. On nous parle de « bien être collectif ». D’où toutes ces caméras dans mes dessins : on envoie des satellites dans l’espace pour contrôler certains pays, on installe des caméras dans la rue et même dans les supermarchés… La notion de vie privée n’a plus aucun sens.

Selon moi, l’art est une sorte de langage universel, tout le monde peut le comprendre. Quand j’étais petit, dessiner ou peindre était pour moi une façon de s’amuser. C’est devenu sérieux quand je suis entré à l’université, j’ai réalisé à quel point ça pouvait être un moyen de s’exprimer. J’y ai appris une langue, une forme, un code, toutes ces choses que j’utilise maintenant à ma façon.

C’est pour cette raison que j’aime que mon travail voyage et donc parle à tout un tas de gens très différents, et c’est en partie ce qui se passe, car les gens intéressés par mes dessins et peintures viennent de différents endroits dans le monde. Et en même temps, je trouve extrêmement dommage qu’aucun musée d’art contemporain en Éthiopie ne collectionne les œuvres des artistes d’ici, personne ne cherche à constituer une forme de bibliothèque/vitrine de notre génération et de notre regard. Il me semble que cela serait important pour l’histoire de notre pays. »

Discussion avec Dawit Abebe le 6 novembre 2012 à Habesha Art Studio, Addis-Abeba

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