Rufinade

« Et tout à coup me voilà plongé dans un monde où l’on me révèle la double descendance d’Ève. Il y a d’une part ses enfants réels, de chair et d’os, immergés dans les lois physiques ou biologiques. Ils en sont doublement captifs : d’abord parce qu’ils leur obéissent, ensuite parce que s’ils parviennent à comprendre ces lois, s’ils construisent des sciences et maîtrisent des techniques, c’est toujours en interprète serviles du possible, c’est-à-dire de ce qui est, avec ses impitoyables limites.

Mais d’autre part l’espèce humaine recèle aussi de créatures cachées à Dieu, libres de ses lois, qui caracolent à côté de nous autres, les visibles. De temps en temps elles nous secouent, nous réveillent, nous découvrent des mondes où tout est possible. (…)

Le zar, en passant, m’a convaincu que notre vrai privilège d’hommes n’est pas d’obéir à ce qui est, mais au contraire de créer ce qui n’existe pas. Ève, dans sa grande pitié, a voulu qu’une partie de ses enfants échappe à la création de Dieu et qu’ils soient les maîtres d’autres créations, celles de l’imaginaire, qui sont les seules à consoler les humains de leur triste condition. »

Jean-Christophe Rufin, Asmara et les causes perdues

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