Michael Tsegaye

Tout ça à cause d’une allergie.

A l’École des Beaux Arts d’Addis-Abeba, en Éthiopie, Michael Tsegaye a appris à peindre, comme tous les autres élèves, dans un pays où la peinture est considérée comme l’art noble, le seul art qui vaille. Sauf que pas de chance pour lui, ou coup de chance plutôt, il s’y est découvert une forte allergie à la peinture à l’huile. Il s’est alors tourné vers la photo, a acheté un premier appareil, et c’est parti. Les jolis destins créent souvent de jolies légendes.

Michael Tsegaye est donc photographe. Or la photo n’est pas perçue comme un »art » aux yeux de la très grande majorité des gens en Éthiopie et en Afrique en règle générale ; on attend d’un photographe qu’il suive un cortège officiel avec sa carte de presse mais certainement pas qu’il prenne des « photos d’art pour l’art » qui peuvent éventuellement chercher à en dire plus que ce qu’elles ne montrent. Même si les choses évoluent, bien sûr.

Michael Tsegaye travaille pour lui, et parfois pour les autres (journaux internationaux, commandes). Il aime le numérique, et aussi l’argentique. Il s’intéresse à la couleur et aux lignes d’un immeuble, mais aussi au flou d’un visage en noir et blanc. Il aime la ville, et se promène pourtant partout en Éthiopie.

Malgré toutes ces fausses contradictions, on retrouve toujours un point commun dans les projets de Michael Tsegaye : ils racontent une histoire et soulèvent un coin du voile éthiopien. Comme ces chambres de prostituées avec qui il a passé de longs moments, à l’arrière d’un bordel de la capitale (qui en regorge), exposées à PhotoQuai à Paris en 2011 //// comme ces éclats de verre brisé dissimulant le visage d’un être décédé, affiché sur sa tombe comme le veut une coutume éthiopienne, dont il dit « As a result of time, those buried continue to experience a second death: the gradual deterioration of their entombed identity. » //// comme ces portraits crus d’ouvriers Chinois devant l’immeuble flambant neuf (et démesuré) du siège de l’Union Africaine gracieusement-et-en-toute-amitié-offert-sans-contrepartie-aucune par la Chine à l’Afrique il y a quelques mois, images exposées au National Museum d’Addis-Abeba en octobre dernier.

Certains de ses travaux sont visibles sur son chouette site internet.

Michael Tsegaye dit qu’il n’a pas de rythme et pas de règle dans son travail mais qu’il est sûr d’une chose : il trouve qu’il travaille mieux lorsqu’il ne va pas très bien, lorsqu’il traverse une période un peu difficile sur le plan personnel. La photo comme une thérapie.

Alors que j’apprécie beaucoup Michael, je me surprends parfois à penser que c’est bien, quand il ne va pas trop bien… 

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2 réflexions sur “Michael Tsegaye

  1. pillot dit :

    Hello!
    très profondes en sens (histoire) et vérité , en effet les photos de MICHAEL TSEGAYE.
    j’m j’m j’m.
    j’adore aussi tes petites phrase comme  » Sauf que pas de chance pour lui » , c’est tellement toi la spontanéité.
    ce que j’aime dans tes récits c’est qu’ils sont ta personnalité , et se lisent avec fluidité et grand intérêt.
    il s’agiot de récit PARTAGE et c’est donc un vrai bonheur.
    🙂

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