Une journée à Addis-Abeba

J’ouvre un œil chez l’amie qui me reçoit, il est 7h et un rayon de soleil entre violemment dans la pièce, cru, serein, imperturbable à cette saison. En réalité, je fais exprès de ne pas bien fermer les rideaux le soir, afin de m’assurer cette pépite du matin.

Après les formalités d’usage, je saute dans un minibus bleu et blanc. Opération pas si évidente au début, car il faut connaître la ville : l’assistant du chauffeur crie le nom du quartier de destination du minibus par la fenêtre, on se précipite vers lui quand on a reconnu le sien et on se bat pour rentrer. Les places sont limitées et aux heures de pointe, elles ont un prix (pas financier, un ticket ne dépasse jamais quelques dizaines de centimes d’euros). De quoi s’assurer quelques moments de solitude les premiers jours. Sinon, ça va.

La ville est calme et sereine. Les gens se marrent souvent en m’entendant parler d’Addis-Abeba de cette manière, mais je maintiens. Bien sûr, il y a quelques gros embouteillages, bien sûr, la pollution nous recouvre tous un peu d’une délicieuse couche de poussière et bien sûr encore, la ville est un gigantesque chantier et donc un gros bordel parfois/souvent. Mais je trouve que, de façon très générale, Addis et ses habitants sont doux et agréables. C’est en tout cas indéniable par rapport à la grande majorité des villes africaines que j’ai rencontré jusqu’ici. Parce que nous sommes en altitude, l’air est sec et l’humidité inexistante, le soleil tape gentiment, les gens sont plein de retenue. C’est une Afrique que j’aime beaucoup.

On sent la ville pousser dans tous les sens. Si on regarde en haut, on voit des immeubles tout neufs ou en construction, au milieu, des véhicules bleus et blancs (les taxis sont de la même couleur que les minibus et les 4×4 de l’ONU aussi, du coup c’est assez duo-chromatique) et lorsqu’on regarde le sol, on croise un très grand nombre de mendiants. La réputation de l’Éthiopie, pays de la famine aux yeux des Occidentaux, est bien entendue restrictive et dépassée. Pourtant, le décalage est fort ici entre population urbaine, connectée, sapée et pauvreté effarante.

Beverly Hills à Addis-Abeba

Je passe mes journées à traverser la ville dans tous les sens et à rencontrer des artistes. Littéralement, je ne fais (presque) que ça. Des studios collectifs, des galeries (Asni et LeLa Gallery), des studios personnels, l’Alliance française, quelques espaces plus spécifiques, l’École des Beaux Arts, etc.

La galerie des Beaux Arts

Au milieu de tout ça, je déjeune dans un boui-boui : une préparation végétarienne ou à base de viande (on mange beaucoup de viande ici), toujours un peu épicée, accompagné d’injera, cette grande crêpe spongieuse préparée à base de tef, une céréale presque exclusivement cultivée en Éthiopie, qui sert de couteau et de fourchette. Une nourriture diversifiée et délicieuse, la plupart du temps. Pour ceux qui veulent tenter, il y a plusieurs restaurants à Paris, dont un rue du Chemin Vert et l’autre rue Sauffroy, au métro Brochant.

A 18h, la nuit se prépare. A 18h30, on ne voit plus rien. C’est le soir à Addis-Abeba. Alors qu’il fait (nettement) plus froid, tout a l’air plus chaud : les couleurs des fruits sur les étalages, les lumières des petites boutiques, le moelleux d’un canapé dans un bar. La musique qui passe dans les bars et les boîtes devrait être interdite par la loi, mais à par ça, on rigole bien. Ca n’est ni Abidjan ni Kinshasa, mais la nuit d’Addis se défend. Et puis surtout, tout le monde se mélange, les communautés se repoussent moins qu’en Afrique de l’Ouest et du Sud. En réalité, la vraie nuit à Addis se passe ailleurs, dans les bars traditionnels, mais je ne suis pas encore initiée et ne peux donc pas en parler…

La boucle est bouclée. On cherche un taxi le soir sans flipper, la rue est calme la nuit aussi, très calme.

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