Meskerem Assegued et Elias Simé

Je passe le portail et, bim, je me retrouve nez-à-nez avec un conte de fée. Devant moi, une grande terrasse de pierre, où des formes – peut-être des animaux – ont été gravés sur chaque dalle et forment comme un grand aquarium imaginaire. A quelques mètres de moi se dresse une grande maison traditionnelle, circulaire, dont les murs sont faits de boue mélangée à de la paille. En Éthiopie, on appelle cela un tukul. Sauf que celui-ci est un peu particulier car chaque centimètre carré a été pensé puis pétri et posé, formant d’improbables lianes, découvrant des cavités, des cachettes, des animaux, des corps humains, des symboles dans tous les coins. Une maison à lire dans tous les sens, indéfiniment.

Autour d’elle, sur ses fondations, partout, des plantes dans de grands pots en terre cuite, évidemment uniques, créés par des potiers traditionnels dans cette maison même. Un peu plus loin, un autre bâtiment regroupe deux chambres, salles de bain et petites cuisines. Là aussi, le dessin du bois de chaque porte a été pensé individuellement, « sensoriellement ». Les tableaux de mosaïque faites de céramiques et de boutons dans les salles de bain me fascinent, un jeu de lumières et de miroirs les faits refléter à l’infini. J’ai envie de tout toucher, toutes ces formes, tous ces matériaux.

A l’intérieur de la maison principale, chaque fenêtre donnant sur le jardin est accrochée sur le mur tel un tableau, une collection d’objets fascinants s’adaptent au lieu, des lamelles de plein de bois différents ont été coupés au millimètre près et se joignent pour créer un mur, la cheminée ne donne envie que d’une chose : y allumer un feu et s’asseoir à côté pour écouter les deux responsables de cette folie raconter leur histoire.

Meskerem Assegued est anthropologue et commissaire d’exposition, Elias Simé est un artiste brillant ; tous les deux sont les créateurs de ce lieu unique et féerique, Zoma Contemporary Art Center (ZCAC), à Addis-Abeba. The New York Times parle d’un « voluptuous dream, a swirl of ancient techniques and ecstatic imagination. »

Tandis que, depuis une dizaine d’années, Elias Simé a pensé et construit puis déconstruit pour reconstruire chaque morceau de cet espace, Meskerem Assegued l’a fait vivre. Lui le créateur, elle la directrice, l’initiatrice. Le duo fonctionne si bien qu’il est difficile de les imaginer séparément.

Aujourd’hui, ce lieu qui ne sera jamais terminé l’est malgré tout un peu. Il accueille des workshops et des artistes Éthiopiens et internationaux en résidence, pour quelques jours ou quelques semaines. Pour prolonger leur idée et continuer à déclarer leur amour aux matériaux naturels et à la créativité humaine, Meskerem Assegued et Elias Simé ont créé un autre espace, en pleine campagne celui-là, à 300 km à l’Est de la capitale Addis-Abeba.

Ces deux là sont de très, très belles personnes. Avec qui on passe quelques heures que l’on voudrait infinies, qui ont un regard si pertinent sur le monde qui les entoure que l’on voudrait s’en inspirer sans fin.

Le travail d’Elias Simé est aussi fascinant que la maison qu’il a créée. Il construit notamment d’immenses tableaux/installations à partir d’objets récupérés (boutons, chaussures en plastique, microprocesseurs électroniques, tissus, etc.) et en fait des œuvres d’art fantastiques et intelligentes, dépassant largement la notion de récupération. Il coût aussi des images sur de grandes toiles, souvent des paysages, parfois d’autres choses.

Cf. son incroyable exposition de 2011, en quatre volets et quatre espaces, intitulée « Ants and ceramicists » (dommage, pas de belles photos en ligne, mais les installations sont magnifiques) //// ou celle de 2009 au Santa Monica Museum of Art, « Eye of the needle, eye of the heart. » Il faudrait en dire beaucoup sur chacune, mais je ne me lancerai pas aujourd’hui…

Le truc le plus fascinant chez Meskerem Assegued et Elias Simé est qu’ils réussissent à nous faire entrer dans un univers fantastique tout en restant absolument centré sur celui qui les entoure, conscients de sa fragilité, des ses limites, de ses possibilités. Chapeau bas, le duo.

Conversation avec Meskerem Assegued, Elias Simé et mon amie Pauline, le 17 novembre 2012 à Zoma Contemporary Art Center.

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