Ahmed Abushariaa

Abushariaa

Ahmed Abushariaa est Soudanais, du Sud du Nord, comme il dit. C’est à l’École des Beaux Arts de Khartoum qu’il a fait ses études. Il y a appris la calligraphie et ne s’est jamais tout à fait détaché de ses amours de jeunesse. Sans retrouver des lettres ou signes dans son œuvre, on reconnaît une harmonie des lignes qui vient probablement de ce passé « d’écriveur ».

Son œuvre est profondément marquée par le Soudan, mais cela fait des années qu’Ahmed Abushariaa n’y habite plus, de très longues années. Après avoir vécu en Allemagne et au Kenya, il s’est installé à Kampala, en Ouganda, depuis presque 10 ans maintenant.

Quand Ahmed Abushariaa parle, c’est comme si un esprit malin lisait de la poésie : il rigole sous cape tout en parlant avec une très grande douceur. Il m’a avoué que son grand père, celui dont il porte le nom, était un poète célèbre au Soudan. Ceci explique peut-être cela.

Sa façon de parler correspond d’ailleurs très bien à ses tableaux, des aquarelles pour la très grande majorité. Il s’est un peu mis à l’acrylique récemment, mais avoue ne pas tout à fait s’habituer à ces pigments trop rigides. Il fait aussi des expérimentations, mélange des types de peintures, peint parfois sur des plaques de bois et non des toiles, tente d’appliquer l’acrylique comme il le ferait avec de l’aquarelle (« Je suis d’accord, ça n’est pas très convainquant, de toute façon je préfère l’aquarelle », admet-il devant mon scepticisme !).

Abushariaa

Abushariaa

Son thème principale – unique en réalité – est donc le Soudan, celui de ses souvenirs. Il incorpore de nombreux symboles dans ses aquarelles, ce que je trouve d’habitude un peu simpliste, mais ici, je dois avouer que ça fonctionne. Le poisson (omniprésent d’ailleurs dans la peinture ougandaise, ce qui est très étrange, d’autant plus que personne n’a pu jusqu’ici me donner d’explication valable sur cette star attitude) devient un symbole de paix, de patience, d’unité. « La pêche est mon premier hobby, je peux rester des journées entières au bord du lac Victoria ou, quand j’étais plus jeune, du Nil Bleu au Soudan. Tous ces poissons, les gros et les petits, qui vivent ensemble, ça me fascine. On est incapable de faire ça sur terre, c’est étrange non ? ».

Ahmed Abushariaa a exposé dans plusieurs pays dans le monde et notamment en Ouganda, bien sûr, où l’une des trois ou quatre galeries d’art de la ville vient de lui consacrer une nouvelle exposition. Puisqu’il est connu et reconnu, il est observé par les jeunes artistes et….largement copié ! Je suis régulièrement tombée sur des tableaux « à la façon d’Abushariaa » ici. Quand je le lui en ai parlé, il a rigolé avec son petit sourire en coin et m’a lâché : « Mais si à force de m’imiter, certains jeunes arrivent à faire mieux que moi, alors tant mieux, qu’ils continuent… » Pour l’instant, je pense qu’Ahmed Abushariaa a encore de la marge vis-à-vis de ces youngsters peintres.

Abushariaa

C’est le problème de pas mal de scènes artistiques sur le continent : étant très largement (exclusivement ?) tournées vers la commercialisation de l’art, sans suivi de l’artiste, sans travail en duo entre la galerie et l’artiste, de trop nombreux artistes ne font que répéter encore et encore certains styles, formes ou représentations qui plaisent aux acheteurs, souvent des étrangers qui veulent rapporter un souvenir en Europe ou aux États-Unis. En généralisant : l’œuvre en question doit donc être un tableau, clairement africain (donc coloré et représentant des motifs ou figures associées dans notre imaginaire occidental à l’Afrique) et décoratif.

Pas terrible, en termes de réflexion et de processus de création des artistes. Heureusement, les choses changent un peu grâce notamment à certaines institutions non commerciales qui font un travail indispensable (cf. Kuona Trust à Nairobi et 32° East, dont je parlerai bientôt ici).

Abushariaa

Pour revenir à Abushariaa, un article sur une exposition en 2009 et son site personnel. 

Conversation avec Ahmed Abushariaa, le 8 décembre 2012 à Kampala.

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