Mission : remplir un bus africain

S’il y a une chose africano-universelle, c’est le remplissage de bus, mini bus ou tout autre moyen de transport collectif en Afrique. C’est toujours un régal.

Cette fois, je suis à Kampala, il est 7h45 et j’arrive devant la grille du parking d’où mon bus doit partir. Un gardien me dit que je dois d’abord me diriger vers un bureau où mon sac doit être contrôlé. C’est obligatoire, semble-t-il. Je tente un sourire, mais il n’a pas l’air très réceptif. Dans ledit bureau, un policier, du haut de toute la hauteur de son statut et de la splendeur de son body-building, demande à la petite foule de déposer ses sacs en ligne puis de reculer de quelques mètres pour qu’un berger allemand les renifle. Tout ça a l’air extrêmement sérieux et organisé. Mon sac récupéré, alors que je me dirige vers mon bus avec mon sac à main que personne n’a vérifié, j’aperçois une autre entrée d’où les passagers se dirigent directement vers leur bus. Génial-le-contrôle-obligatoire-pour-tous-les-passagers.

Je monte dans mon bus, presque vide, je suis en avance et j’ai déjà mon ticket. D’un côté de l’allée, deux sièges, de l’autre, trois. Pas de place perdue dans les bus africains, mieux vaut prier pour que la mama qui s’assiéra à côté de soi ne déborde pas trop sur mon propre siège et ne mange pas de plats fumants.

Je regarde par la fenêtre et observe avec un peu de surprise un type, visiblement employé par la compagnie de bus, appliqué à nettoyer le sol du parking à grande eau et avec une petite raclette, comme celles que l’on utilise pour les fenêtres. C’est très intéressant d’observer quelqu’un laver le sol d’un parking à la raclette. Ça créé comme une mince pellicule de gadoue, ce qui est parfait pour ensuite y poser un sac.

Les passagers arrivent au fur et à mesure. A chaque fois, les mêmes gestes : avancer vers le bus avec un, deux ou trois énormes sacs, montrer son ticket au contrôleur de ticket posté devant la porte du bus, se faire vérifier par un bip anti-bombe (sic), monter dans le bus, se diriger tout au fond, revenir sur ses pas quelques minutes après en se frayant un chemin face aux passagers qui montent, créer nécessairement un peu de chaos et d’engueulades joyeuses, redescendre du bus avec toujours la même quantité de sacs et faire la queue pour les déposer dans la soute à bagage. Il n’y a pas de place dans le bus pour les bagages, mais personne ne prévient les passagers et tout le monde essaie. Certains passagers tentent une feinte et planquent leur valise derrière le siège du conducteur ou au milieu de l’allée (peut-être pas la planque idéale, je me dis). Mais le pot au rose sera tôt ou tard découvert, c’est certain.

A la porte du bus, les gens se poussent se bousculent et jouent des coudes avec leurs sacs pour entrer et dans l’allée, je n’en parle même pas. Mais comme souvent en Afrique, les gens restent calmes, sereins, ceux qui parlent fort le font surtout en rigolant et ceux qui sont déjà assis observent tout cela stoïquement, les yeux perdus dans le vide, le corps absolument immobile jusqu’à ce que leur téléphone portable sonne.

Une dame très souriante et très sympa s’assoit à côté de moi. Pas de bol elle n’est pas vraiment fine et elle trimbale deux sacs de bonne taille qu’elle souhaite garder sur ses genoux. Mon espace de respiration se restreint. 

Un vendeur ambulant monte dans le bus et tend des tasses de café bouillant à des passagers à travers l’allée, les enfants, les valises et les échanges de billets. Pas de bol, ma voisine achète tout un stock de chapatis dont elle commence à se délecter et qu’elle pose en équilibre précaire tout en haut de sa montagne de sacs. Je vois déjà le papier graisseux me tomber sur les genoux.

Tout à coup, une mini révolte éclate.

J’adore les mini révoltes.

Il semblerait que trop de gens soient montés dans le bus, tandis que d’autres tentent de déjouer la vigilance du contrôleur de ticket et de se faufiler comme ils le peuvent à l’intérieur du bus avec leur cinq valises. Ça n’a pas l’air d’être une mission évidente-évidente. Heureusement, des membres de leur famille qui ne voyagent pas leur passent le reste des sacs directement par la fenêtre.

Finalement, un « officiel » monte dans le bus et réorganise le tout, demandant à tous ceux qui se partagent un siège déjà pas très large de descendre du bus, un autre bus étant près à partir pour la même destination. Il y a un peu de protestation mais tout rentre vite dans un ordre relatif. Je suis très impressionnée par cette gestion de mini révolte si efficace.

Finalement, le bus démarre et les grilles du parking s’ouvrent. Je réalise que je me suis assise du côté où tape le soleil et où il tapera à travers la vitre pendant tout le trajet. 

Essaie encore.

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2 réflexions sur “Mission : remplir un bus africain

  1. Evan dit :

    Hihi c’est tout à fait ça. Comme l’impression de lire mes bus du Mozambique !

  2. Pillot dit :

    ‘Y ètais vraiment en lisant tout ça, trop bien, c’est tellement vrai …..
    … Top forte !
    Allez zou bon noel où tu es bien au chaud !…..
    Et 2013 kiss piene di luce .

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