Dhow Countries Music Academy (DCMA)

DCMA

Adel Dabo et Mohammed Issa Matona, deux des cinq membres du Conseil d’Administration de la DCMA et surtout, deux super porte-paroles de l’école (francophones en plus).

Nous sommes en 1865. Je passe la porte d’une immense maison tout juste terminée par un architecte d’Oman. La maison est juste en face de la mer, en plein cœur de Stone Town, la principale ville de la principale île de Zanzibar. Zam Zam (probablement le nom propre le plus cool du monde après Ouagadougou), la fille du Sultan de Zanzibar, m’accueille. Elle vient de se marier et s’est installée ici avec son jeune époux. Les murs de la somptueuse maison sont blancs, les courbes du patio rondes et fermes, les portes, les fenêtres et la terrasse du dernier étage sont en bois. La chaleur est écrasante mais la maison a été pensée de telle sorte que des courants d’air la traversent en permanence.

1928. Mon bateau vient d’entrer dans le port de Zanzibar depuis l’Inde. Je me dirige vers Custom House où je doit dédouaner mes marchandises. Je passe la magnifique porte en bois sculpté et m’avance vers le tout nouveau comptoir, où l’on me donnera les documents nécessaires. Il paraît que la fille d’un grand Sultan a vécu ici autrefois.

1993. Je suis à la tête d’un projet de l’UNESCO à Zanzibar. Mes deux objectifs principaux sont 1) de faire perdurer les techniques de construction traditionnelles de l’île en les apprenant à des jeunes gens, avec l’aide d’architectes et corps de métiers locaux et étrangers, et 2) de restaurer, grâce à ces équipes, plusieurs bâtiments historiques de la ville qui tombent en ruines. La maison aujourd’hui encore appelée Custom House a été sélectionnée pour être réhabilitée. Inoccupée, elle est squattée depuis des années. Quinze personnes (10 hommes et 5 femmes) travaillent sur ce chantier, jusqu’à redonner à ce bâtiment toute la poésie et la splendeur que son architecte avait autrefois imaginé pour lui.

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Si le nom Zanzibar fait rêver – à tel point que certaines personnes en Occident se demandent parfois si cette île existe réellement – l’histoire de cette maison aussi, comme celles de centaines d’autres maisons historiques de Stone Town.

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Cette maison là, Custom House puisque c’est le nom qui lui colle à la peau, continue à écrire son histoire. Après sa rénovation, une école de musique un peu particulière y a pris ses quartiers et la fait vivre à fond la caisse, sur un rythme pourtant très doux.

Cette école, elle s’appelle la Dhow Countries Music Academy. Même son nom fait voyager (pour rappel ou appel, les « dhow » sont ces bateaux traditionnels de la région, construits tout en bois, avec une grande voile blanche triangulaire).

L’école a ouvert ses portes en 2002, grâce à l’impulsion de quelques musiciens Zanzibaris méga talentueux qui ont vu la musique traditionnelle de leur île leur filer entre les mains, ou plutôt filer entre les mains des plus jeunes. Ils ont alors décidé d’ouvrir une école, pas seulement pour préserver les traditions musicales de Zanzibar, mais aussi pour leur permettre d’évoluer et de s’adapter aux instruments/rythmes/traditions plus modernes, de faire des expériences, de mélanger les genres, bref, de vivre en 2013. Ils ont voulu faire en sorte que leur musique reste contemporaine, en fait.

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130 élèves suivent aujourd’hui les cours de la DCMA dont 30% de femmes, une proportion importante sur une île musulmane. La DCMA délivre deux diplômes : l’un après 4 ans d’études, sur le système anglais, et un autre plus light qui peut être obtenu en 2 ans. Parce qu’elle veut que ses élèves apprennent à devenir des musiciens plutôt que des théoriciens de la musique, la direction de l’école organise des concerts chaque semaines, où les élèves jouent devant un public local qui, peut-être, aura alors envie de rentrer dans cette école de rêve.

A gauche, l’élève joue du qanum et son professeur, à droite, de l’oud ; deux instruments clés dans la musique traditionnelle zanzibari.

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Les paroles d’Adel Dabo et de Mohammed Issa Matona, deux grands musiciens et membres très actifs du Conseil d’Administration, qui ont vu et fait grandir cette Académie, se croisent, se complètent, se répondent. Ils sont optimistes alors même que les financements se font de plus en plus rares depuis deux ans (la crise économique, tout ça tout ça) et ils sont fiers de leurs élèves, qu’ils font jouer dans leurs propres groupes et entraînent dans leurs tournées internationales, de la réussite de l’école, de sa reconnaissance en Afrique de l’Est et ailleurs, de l’histoire culturelle de Zanzibar. On ne peut pas imaginer meilleurs porte-paroles (tous les deux sont francophones d’ailleurs).

Que deviennent les élèves une fois diplômés ? Adel Dabo balaie l’air d’un revers de cigarette : « Quand tous ces jeunes sortent de l’Académie, sincèrement, c’est a piece of cake pour eux de s’occuper, de trouver un groupe, d’en créer un, de jouer. S’ils utilisent leur cerveau, et je ne connais pas une seule activité où l’on puisse s’en dispenser, c’est très facile pour eux de gagner leur vie. Non vraiment, aujourd’hui, ça n’est pas un problème. »

Difficile à croire et pourtant je ne peux que le croire, parce que ses mots et cette Académie semblent être une évidence. Ils coulent tout seuls, comme s’ils avaient toujours existé. Comme si Zam Zam avait fait construire sa maison avec des grandes pièces en enfilade exprès, pour que la musique puisse résonner dans toutes la maison, à travers les portes et les fenêtres, douce et joyeuse.

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Conversation avec Adel Dabo et Mohammed Issa Matona, le 15 janvier 2013 au DCMA, Zanzibar, Tanzanie.

Pour plus d’infos, cf. le site de la DCMA (en cours de reconstruction au moment de la publication de ce post), un article de CNN et un article du journal local Mambo Magazine.

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Une réflexion sur “Dhow Countries Music Academy (DCMA)

  1. Adel Dabo dit :

    Thank you for the support of our objective to preserve and develop Zanzibar’s unique musical heritage. , God bless you

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