Jery

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Jery habite à Antananarivo, la capitale de Madagascar, loin du centre ville. En réalité, chez lui c’est même plutôt la campagne. De grandes étendues vertes, quelques maisons par-ci par-là et la sienne, entourée d’une grande cour remplie de formes en métal.

Ces formes sont faites pour vivre à l’extérieur. Les sculptures que Jery créé sont souvent abstraites mais il s’inspire de « formes végétales ou animales ». Logique, donc, qu’elles mènent leur petite vie sous le soleil.

Jery n’a pas fait d’école d’art. Il a appris le dessin et la création, comme il dit, avec un ami Belge en 1995, puis les choses se sont faites tranquillement. Quelques expositions et surtout un gros bouche à oreille plus tard, Jery est calme, serein, sûr de lui. Comme la très grande majorité des artistes Africains (je sais, à Madagascar, on ne se considère pas Africain, disons que je ne parle ici que de géographie), il ne vend ses œuvres qu’à des étrangers : seulement deux Malgaches lui ont déjà acheté une œuvre, sur des centaines vendues par ailleurs. Compliqué.

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Ses deux matériaux de prédilection sont la tôle et le bois – le palissandre seulement – qu’il travaille dans son atelier bordélique. La tôle, il la martèle à la main, lui donnant progressivement des formes très douces, des rondeurs que la matière ne connaissait pas avant son intervention. Ensuite il soude, assemble, peint ou laisse rouiller. Avec une technique bien différente mais suivant le même principe, il arrondit ses pièces de bois, les polit, les adoucit, créé doucement des masses puis des formes. « Les formes rondes me rappellent l’enfance, la douceur de cette période de la vie, son insouciance. C’est ça que j’aime en elles : la joie pure qu’elles symbolisent. »

Une ligne se dessine effectivement entre toutes les sculptures de Jery, qu’elles soient abstraites (personnages fantastiques qui pourraient sortir d’un jeu vidéo, assemblages de formes qui en créent une nouvelle, etc.) ou figuratives (souvent des animaux : tortues, hippopotame, chat ; parfois – rarement – des hommes et des femmes).

Jery

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Jery aime l’abstraction parce qu’ « elle n’a pas de limites, contrairement à la figuration qui, nécessairement, prend fin lorsque la forme est créée. Avec des formes abstraites, même si elles sont inspirées par le réel, les possibilités créatives sont infinies. »

Jery

Le mot « création » revient beaucoup dans la bouche de Jery. Il dit notamment que ce n’est pas tant le résultat qui l’intéresse, ni le concept éventuel qui pourrait être matérialisé par une sculpture, mais plutôt le moment de création lui-même. Celui où il dessine ce qui deviendra plus tard une forme en 3D, sculptée. C’est là que ses sentiments sont les plus forts, dans ce moment où la forme prend vie sur le papier. Le reste – la construction physique de cette forme – le prend moins au cœur, ou différemment : « Là, c’est plutôt un sentiment d’échec ou de réussite qui m’habite, en fonction de ma capacité à réaliser correctement ce que j’avais précédemment pensé. »

Très doux, Jery semble avoir un immense respect pour tout ce monde qui l’entoure, toutes ces formes animales et végétales, réelles ou imaginaires, qui s’invitent chez lui.

Jery

Conversation avec Jery, le 8 avril 2013 à Tana, Madagascar.

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