Robin Rhode

Robin Rhode

© Stevenson Gallery

 

Il y a quelques jours prenait fin une belle exposition à la Stevenson Gallery de Cape Town, Paries Pictus, dans laquelle le Sud Africain berlinois d’adoption Robin Rhode exposait un shot poétique. Visuellement jouissif ou politiquement intense, on piochait ce que l’on souhaitait dans les œuvres présentées – c’est souvent le magnifique avantage de l’art des murs.

Puisque l’on ne peut pas toujours expliquer pourquoi un ensemble d’œuvres nous touche, je me permets de vous renvoyer, tout simplement pour cette fois, à ce que d’autres ont écrit sur lui.

Sans d’autre forme d’excuse, voici le lien vers le texte de présentation de la Stevenson Gallery« Rhode creates narratives that are brought to life through stop-motion animation, using everyday materials such as soap, charcoal, chalk and paint. In addition to the street art and performance aspects of his work, there is always a formalist foundation inspired by his interest in abstraction in general and Russian constructivism in particular. » – ainsi qu’une longue interview de Robin Rhode sur Initiartmagazine.com datant de 2010. Et puisque Robin Rhode est super connu, sachez qu’il existe par ailleurs plusieurs livres sur lui – ou plutôt sur ce qu’il fait dans la vie.

Robin Rhode

Robin Rhode

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Robin Rhode

Robin Rhode

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Robin Rhode

Robin Rhode

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Farguade

« Il faisait nuit à Ouagadougou. Dans la salle des guichets d’immigration planait une humidité chaude et chargée qui m’a fait pensé : « Un air à couper au couteau ». Une clameur humaine incessante, des interjections, des visages noirs partout, des vêtements aux couleurs ternies, des cigarettes qu’on allume, des tubes de néons à vif fixés au plafond, des murs nus écaillés et auréolés de moisissures qui résonnent. Ca sentait la sueur, la crasse, le carton moite et le tubercule. Ma chemise et mon pantalon avaient chiffoné aux aisselles et à l’aine. Jamais je ne m’étais rendu aussi loin vers le Sud mais, dans ce choc étourdissant de la nouveauté, cela me paraissait étrangement familier, tout me remontait en mémoire comme les échos d’une vie antérieure. »

Nicolas Fargues, Tu verras.

Les villes invisibles

Les GPS n’y sont d’aucune utilité. Une bonne carte, éventuellement. La connaissance du nom des principales artères, si cela vous fait plaisir. Mais la seule chose qui compte vraiment pour la navigation en villes africaines, ce sont les autres.

Les villes occidentales sont à découvert. Tout ce que vous pouvez y chercher se trouve quelque part entre un trottoir et l’entrée d’un immeuble, d’une maison, d’un métro. Des panneaux indiquent le nom des rues aux intersections et les abris-bus regorgent de cartes ultra précises. On peut s’y perdre, mais une bonne application iPhone viendra toujours vous sauver. Il suffit de suivre les flèches. Il y a bien quelques bars dits « secrets » mais il ne le sont pas pour grand monde. Pour se délecter des pépites de ces villes, il suffit de les parcourir assez longtemps, de changer de chemin à chaque fois, de garder les yeux bien ouverts. On peut le faire en solitaire, sans même adresser la parole à son voisin de tramway.

Les villes africaines sont invisibles. Non seulement leurs rues ne portent souvent pas de nom, ou alors inconnu du commun des habitants, mais leurs pépites à elles sont planquées. Pas secrètes, planquées.

Pour les trouver, une seule solution : s’en remettre à ceux qui connaissent la route. Les initiés. Le restaurant-institution qui sert le meilleur poisson de la ville est dans un quartier complètement improbable, loin de tout, comme s’il avait voulu obliger ses clients à débarquer vraiment affamés. La galerie d’art qui te remet à ta place est à 10km du centre ville et quand son propriétaire t’explique comment venir, tu remplis deux pages de notes de plus en plus approximatives. La boutique du designer de fringues à la mode est au deuxième étage d’une maison absolument anonyme du centre ville.

Personne ne vous y emmène ? Tant pis pour vous, vous ne porterez jamais ses robes de lumière.

Les touristes ne passent souvent qu’un jour ou deux dans les capitales de l’Afrique subsaharienne. A priori, pas grand chose à voir. Pas vraiment de musées, peu de monuments ou autres grandeurs architecturales, pas de trottoirs où marcher et puis surtout, des embouteillages à côté de quoi prendre l’A6 un 1er août est une vaste rigolade.

Si vraiment vous le voulez, vous pouvez marcher pendant des heures dans ces villes, en slalomant entre les mini-bus, comparer l’ambiance du centre-ville de Dar-es-Salaam avec celui de Dakar ou de Conakry, observer quelques superbes et vieilles maisons à Maputo ou à Zanzibar, vous perdre dans les marchés d’Accra ou d’Abidjan, suer quelques grosses gouttes à Nairobi. Mais en réalité, vous n’aurez alors pas vu grand chose de ces villes, juste la surface, ce qu’elles veulent bien vous laisser regarder, ce que ses habitants laissent à l’air libre. Pour le reste, il faut taffer un peu plus.

Première étape, parler aux habitants, parce qu’ils ont construit la ville entière autour d’eux et qu’ils en sont le principal intérêt. Parce qu’ils sont les seuls, vous l’aurez compris, à pouvoir vous en donnez les clés.

Il s’agit ensuite de repérer les quelques immeubles ou institutions ancestrales qui servent de GPS universels. Tel restaurant ? Au premier étage du deuxième immeuble à gauche des Télécommunications. Un bon cordonnier ? Dans la ruelle en face du Novotel. Ça ne sert à rien de faire autrement, personne ne vous comprendrait.

Dans un troisième temps, s’habituer aux routes des mini-bus qui sillonnent la ville. Quelques sentiments de solitude assurés les premiers jours, lorsque vous vous retrouverez dans une drôle de banlieue à l’exact opposé du quartier où vous croyiez vous rendre. Mais on apprend vite à comprendre la direction criée par l’aide-chauffeur et à monter dans le bon bus.

Enfin, tout essayer. Aller partout. Doucement, parce que c’est comme ça ici, mais sûrement, parce que c’est plus comme ça ici que nulle part ailleurs. Et poser beaucoup de questions, tout le temps.

Les villes africaines sont emmêlées, bordéliques, nauséeuses parfois pour un odorat trop habitué au neutre. Mais elles sont infinies. On peut y creuser toujours. S’y perdre et ne jamais s’y retrouver.

L’invisibilité des villes n’est probablement pas un attribut strictement africain – Italo Calvino* en a imaginé des merveilleuses, dans le monde entier et même ailleurs, de ces villes où l’oeil nu ne s’y retrouve pas. Mais beaucoup de capitales du continent, que ce soit à l’Ouest, à l’Est ou au Centre, se cachent. Un peu moins au Sud, peut-être, parce qu’on aime bien faire à l’américaine là-bas, et encore. 

Elles en valent tellement le coup, ces villes. Elles valent plus qu’une nuit à l’hôtel entre deux bus. Elles valent un peu, beaucoup, à la folie d’efforts.

* Cf. le sublime « Les Villes invisibles », dudit auteur.

Quelques shots namibiens

Parce que les connexions internet sont difficiles à trouver dans ce gigantesque pays, parce que j’étais trop occupée à camper, parce que c’était trop beau et que je n’avais pas la tête à ça, parce que j’ai passé une grosse partie de mes journées dans ma Bat Mobile, parce qu’on a fait tellement de blagues avec mon amie Marine qu’on a oublié le reste – je n’ai rien posté sur ce blog depuis bien longtemps.

En vrac, donc, quelques shots namibiens, alors que nous en revenons.

Pour commencer, et puisque vous allez pas mal en entendre parler, je vous présente ma Bat Mobile des sables. Et Marine (à gauche), par la même occasion. Dont vous risquez d’entendre parler aussi.
Bat Mobile

Etosha National Park, grand parc animalier très bien géré au Nord du pays, festival d’animaux – quelques images seulement ici (dont celle où l’on apperçoit l’intérieur de la Bat Mobile, avec une magnifique girafe en perles qui rappelle très bien la girafe extérieure – sachant que notre collection de big five pour rétroviseur a pas mal grandi depuis).

Etosha National Park

Etosha National Park

Etosha National Park

Etosha National Park

Ci-dessous, compèt de GRS.

Etosha National Park

Juste avant d’arriver dans l’horrible ville de Swakopmund.

Namibie

A cause de cette séance photo, on a déchiré toutes nos cartes.

Namibie

Namibie

Dans le Namib desert.

Namibie

La tente assortie au paysage. On ne fait pas mieux.

Namibie

Des dîners équilibrés.

Namibie

Ci-dessous, dans le Naukluft National Park.

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Les Springcourt jaguard sont toujours là.

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Au loin, les dunes de Sossusvlei.

Namibie

Conduite (pilotage ouai) à haut risque dans le sable.

Namibie

Namibie

Namibie

Namibie

Tessonade

« Quinze sortes de ketchup. A cause de choses pareilles, j’ai eu envie de quitter ce monde. »

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie – carnet de bord des six mois qu’il a passé, seul, dans une cabane sur les rives du lac Baïkal, à cinq jour de marche du premier village…

Ouvrage où il cite aussi Jünger : « Au ciel, des nuages passaient devant la Lune blême dont, à cette heure, une équipe d’Américains fait le tour. Quand je place une bougie sur une tombe, l’effet est nul mais le message en est riche. Elle brille pour l’univers entier, en confirme le sens. S’ils font le tour de la Lune, l’effet en sera considérable, mais le sens en sera moindre. » (décembre 1968)

Johannesburg n’est pas celle que vous croyez

Johannesburg bouge à mille à l’heure. Les rues sont larges, les immeubles hauts, le centre ville a mauvaise réputation mais réserve mille trois cent surprises à ceux qui veulent bien s’y promener, les hipsters surlookés et les cafés surstylés colorent le tout. A chaque fois que j’y passe quelques jours, je me rends compte que tout a changé, grosse claque, repères à reprendre, excitation urbaine maximale.

Contrairement à ce que l’on entend souvent, il n’est pas si compliqué de se déplacer dans cette gigantesque ville sans voiture. A condition de connaître le bon signe qui permet d’arrêter le bon minibus, on se débrouille sans trop de problèmes : index vers le haut pour Bree Taxi Rank, index vers le bas pour Parkwood, V avec les quatre doigts pour aller à University of Johannesburg ; c’est une question d’échauffement de la main droite. La nuit, taxi obligatoire, certes, mais la nuit seulement. Et tout le reste peut se faire à pieds à condition, comme pour beaucoup de villes dans le monde, d’ôter ses atouts de décoration classique type montre en or, collier en saphir, appareil photo en bandoulière, sac à main Gucci à paillettes et autres frivolités. Rien d’insurmontable.

A première vue, Joburg est séparée en deux espaces : les quartiers riches (surtout blancs, les banlieues chicos) et les quartiers pauvres (surtout noirs, le centre-ville). En réalité, évidemment et heureusement, les choses sont bien plus entremêlées et le deviennent de plus en plus, années après années.

En tant que visiteur en Afrique du Sud, je pense qu’il faut donner sa chance à Joburg. Car qui lui donne sa chance risque d’être envoûté à tout jamais. Et quoi de mieux que d’être envoûté par une ville qui révèle un peu plus d’elle-même à chaque coup d’œil ?

Joburg Skyline

Petite balade guidée des lieux que j’aime dans le gigantesque centre-ville de Joburg :

Partons de Braamfontein, devant les immenses baies vitrées du tout nouveau Wits Art Museum ; Wits University étant l’une des universités les plus réputées du pays, notamment son département de beaux arts. A deux blocs de là, allons jeter un coup d’œil à l’exposition en cours et à la bibliothèque de la Stevenson Gallery, l’une des deux plus belles à mon sens en Afrique du Sud. Juste à côté, si nous avons oublié notre appareil photo, nous pourrons en trouver un à la boutique Lomography, ou aller acheter un t-shirt dans l’une des petites boutiques très londoniennes de Juta Street.

Un petit creux ? Allons donc siroter un mojito bio (si si, enfin je pense) en dégustant des œufs bénédicte du tonnerre au Neighbourgoods Market, sorte de Shoreditch Market (cf. à Londres) où les hipsters trentenaires aiment promener leur poussette et leurs enfants le samedi matin. Plus cool tu meurs. Pour info, les deux types qui ont créé ce concept l’ont d’abord ouvert à Cape Town (tous les samedis aussi, au Old Biscuit Mill, dans le quartier de Woodstock). Et si pas envie de goûter à tous les stands de chocolats bio et autres fromages de la ferme, on peut aussi aller boire un capouccino dans l’un des petits cafés adorables du quartier, type Doubleshot. A ne pas manquer non plus dans ce quartier qui ne cesse de se construire et de se reconstruire : le Kitchener et le Great Dane, deux bars/boîtes côte à côte où les cool kids se retrouvent pour danser toute la nuit sur le gros son de DJ branchés.

Après ce premier shot, nous traversons l’incroyable Mandela Bridge pour arriver au quartier de Newtown. Après être entrés dans le Market Theatre et avoir vérifié la programmation (souvent excellente) des prochains jours, nous traversons une immense place, juste devant le Museum Africa hélas vraiment pas terrible, puis un petit parc où sont installés plusieurs studios de quelques chorégraphes ou compagnies de danse sud africaines (Moving into Dance, Dance Factory). Encore une rue à traverser et nous arrivons devant le Market Photo Workshop, école de photo plutôt anglée photographie documentaire ou sociale et créée par le géant David Goldblatt, qui diplôme la crème des photographes sud africains et d’ailleurs. Dans la galerie de l’école, on peut discuter avec un élève en vadrouille et lui demander de nous faire visiter l’école, les studios, la chambre noire, tout ça. Convaincus qu’il nous faudra absolument venir étudier ici un jour, on ressort et on arpente les rues de ce drôle de quartier, qui a connu tout un tas d’heures de gloire, qui cache pas mal de bars où les intellectuels se sont retrouvés un jour, où des graffitis recouvrent les murs, où des portraits sculptés en bois sont disséminés.

De Newtown, on file vers Joubert Park. Ce petit parc est le lieu qui a la plus mauvaise réputation de toute la ville – c’est dire – donc, dans le doute, on ne s’y attardera pas. A l’extrémité Sud du parc se trouve la Johannesburg Art Gallery, dont la section contemporaine est hélas en travaux jusqu’à 2015 (nous dit-on), mais qui regroupe malgré tout une intéressante collection d’art moderne et contemporain. Après s’y être un peu attardé, nous faisons quelque chose d’absolument hallucinant pour un petit groupe de blancs en cavale : nous traversons le CBD (Central Business District) à pieds pour rejoindre Main Street et, plus loin, Arts on Main.

Nous sommes dimanche et comme tous les dimanche, Maboneng bat son plein : un groupe d’immeubles et d’entrepôts progressivement réhabilités (par un investisseur privé) en galeries d’art, marché de produits délicieux, restaurants, boutiques ultra pointues et de vintage, hôtel branché, studios aménagés-épurés-designés à louer, fêtes sur les toits et autres réjouissances de gens stylés. Certes, l’endroit dénote un peu dans le quartier mais l’idée de départ, ou l’une d’entre elles, était de faire venir ces gens dans le centre ville tout en faisant en sorte que les habitants « historiques » du quartier ne fuient pas. Pari réussi je crois.

Après un bon dodo, nous repartons le lendemain pour le dernier quartier de cette visite express : Parkwood. Nous nous éloignons ici un peu du centre-ville, mais nous avons devant les yeux quelques galeries d’art contemporain qui valent le déplacement : Goodman Gallery en tout premier lieu, la deuxième plus belle galerie de la ville selon moi (après Stevenson Gallery à Braamfontein, souvenez-vous – les deux sont aussi basées à Cape Town), mais aussi, pour la plupart sur Jan Smuts Avenue, plusieurs autres galeries : ArtSpace, David Krut Projects, Resolution Gallery, Gallery 2, Momo Gallery, Everard Read Gallery (plus commerciale), Art One Sixty, etc. De quoi s’en mettre plein les yeux.

Nous pourrons éventuellement ensuite aller reposer nos pieds à Zoo Lake, immense parc où les familles de toutes les couleurs dégustent des braais (barbecues locaux) le weekend.

Un dernier endroit à visiter selon moi – et celle fois-ci beaucoup moins cooool que tous ceux décrits précédemment – est l’Apartheid Museum. Extraordinaire scénographie, extraordinaires documents présentés, extraordinaire plongeon dans l’Histoire.

Il y a sans aucune doute des milliers d’autres lieux à découvrir à Johannesburg mais j’espère que cette rapide description vous aura en tout cas donné envie de vous arrêter plus que quelques heures lors d’une visite en Afrique du Sud.

Temandrota

Temandrota

« La peinture, ça me permet d’avoir des mètres carrés. » Temandrota enchaîne, toujours aussi vite : « Tu vois, chez moi c’est tout petit, alors peindre me permet d’agrandir l’espace, de repousser les murs, de voir plus loin, de gagner quelques mètres carrés. »

Une minuscule question sur son travail et Temandrota mitraille son approche, quelques blagues, quelques références à sa culture et à ses traditions. S’il est souvent délicat d’engager une conversation avec un artiste – beaucoup me disent que s’ils peignent ou dessinent, c’est parce que c’est leur façon de parler, logique – il faut dire que c’est plutôt facile avec Temandrota.

Je le rencontre dans un hôtel d’Antananarivo, la capitale de Madagascar, l’île dont il vient et où il vit. Il y expose plusieurs créations récentes, des collages et assemblages qui prennent la forme de tableaux. Ils portent des titres assez explicites, on déniche quelques zébus ça et là (l’animal « sacré » de Madagascar), peints ou en collage, quelques morceaux de plastiques fixés (il s’agit en réalité de morceaux de tongues), des morceaux de bois cloués, des filets de pêche, un peu de peinture et pas mal d’autres matières et/ou objets.

Temandrota

Temandrota

Extrêmement colorées, les œuvres de Temandrota demandent qu’on leur accorde un peu de temps : d’abord on aperçoit des morceaux de choses, puis on peut se pencher sur chacun d’eux un peu mieux, regarder les détails, observer l’organisation du fouillis.

Temandrota raconte : « Les morceaux de tongues symbolisent la marche, le voyage, les longs cheminements des Malgaches de villes en villes. Ces morceaux de chaussures si africaines me permettent aussi de jouer avec les couleurs, puisque toutes ces tongues me rappellent les vêtements des gens d’ici, tellement multicolores. Ces tongues, ce sont les gens et les idées qui cheminent, qui avancent, qui marchent, qui se croisent. »

Toutes ces références aux zébus renforcent encore l’idée de voyage : « Le zébu est un animal nomade, chez nous il a même un passeport qui lui permet de bouger, d’être acheté et vendu et en un sens lui donne sa liberté. Les numéros que l’on voit sur certaines toiles, ce sont justement ces numéros de passeport, le symbole de leur voyage. J’ai aussi collé quelques étiquettes en plastique qui sont accrochées aux oreilles des zébus, là encore avec leur numéro. En plus de cela, le zébu est un animal qui tisse des liens entre les gens, car chez nous, à Madagascar, on tue un zébu pour les grandes occasions. »

Temandrota

Ci-dessus, on aperçoit le zébu turquoise et sa magnifique bosse.

A travers ses collages/assemblages, Temandrota nous amène donc un peu ailleurs. Avec pas mal d’humour souvent, comme quand il commente sa série de trois tableaux intitulés « Y’a pas de lézards » : « Là, rien à voir avec l’idée de voyage. Je pensais juste à cette expression française en faisant ces tableaux, je la trouve complètement bizarre! Franchement, pourquoi vous dites ça ?! Ça ne veut absolument rien dire… Mais je trouve ça super amusant et j’ai donc eu envie d’illustrer cette expression à ma façon. »

Temandrota

Temandrota

Ci-dessus, la série en question, Y’a pas de lézards (et détail).

Le voyage, la rigolade, l’agrandissement des mètres carrés, le bordel organisé : il semblerait que Temandrota et moi ayons beaucoup d’intérêts en commun… L’avantage avec ses peintures, que l’on se sente emporté par elles ou non, c’est que l’on peut indéfiniment y déceler de nouveaux indices, de nouveaux détails qui interpellent.

Conversation avec Temandrota le 13 avril 2013 à Tana, Madagascar.